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Stéphanie Hochet, le blog officiel

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Atelier d’écriture, classe de Troisième du collège Albert Camus de Meaux

Publié par Stéphanie Hochet sur 8 Septembre 2014, 13:29pm

Année scolaire 2013-2014

A l’origine, il y a un texte que je viens de publier dans la maison d’édition de Marie-Claude Char et Michèle Gazier (les Busclats) : Sang d’encre. Une fiction prenant sa source dans l’univers du tatouage mais évoluant peu à peu vers une sorte de réalisme magique. Dans ce texte, il est question de traces qu’on laisse sur soi et derrière soi. Il est aussi question de perceptions et de distorsion du réel. Mon personnage se demande si son tatouage qui est une phrase latine, Vulnerant omnes ultima necat (toutes blessent la dernière tue), phrase qu’on trouve sur les cadrans solaires chez les Latins, n’est pas en train de s’effacer peu à peu de son corps. Du moins une partie s’efface et la phrase prend ipso facto un autre sens. Au moment de penser à l’organisation de l’atelier, je me suis souvenu de la remarque d’une critique littéraire qui, lisant Sang d’encre, avait pensé au Horla de Maupassant. Il se trouve que j’ai découvert le Horla à l’âge qu’ont les élèves de troisième que j’allais rencontrer. La nouvelle de Maupassant est une histoire également narrée à la première personne dans laquelle il est question d’une présence invisible, de troubles de la perception, d’inquiétante étrangeté etc. Je n’avais évidemment pas écrit Sang d’encre en y pensant consciemment mais les lectures d’adolescence sont peut-être les plus marquantes. Relisant le texte du XIXème siècle, j’ai trouvé tout un panel de correspondances entre la fiction de Maupassant et le petit livre publié aux Busclats.

Je ne suis plus adolescente et je n’ai pas d’enfant adolescent mais il me semble que cette période de la vie est une interrogation (inconsciente ou pas) sur le réel. Évidemment, on ne s’adresse pas à des collégiens en utilisant des termes alambiqués. Mais on peut faire référence à des dénominateurs communs : Stephen King, les films fantastiques... Ces thématiques éveillent des réactions fortes au sein du jeune public.

J’étais venue ce premier jour au collège pour évoquer mon parcours d’auteur qui est avant tout un parcours de lectrice. J’aime présenter la lecture comme un voyage, ce qu’elle a toujours été pour moi, comme l’écriture d’ailleurs. Je m’étais entendue avec Laurence Gourdé, le professeur de français, pour laisser les élèves poser toutes les questions qui leur passeraient par la tête, aborder tous les sujets avec la spontanéité qui est la leur. Cette première séance est une présentation, c’est un moment important. Nous apprenons à nous connaître. Je ne suis pas venue pour les impressionner, j’ai voulu qu’ils se sentent en confiance et qu’ils aient envie de se mettre à inventer quelque chose. Que les questions partent dans tous les sens n’est pas pour me déplaire, c’est signe de vitalité, d’enthousiasme. Comment devient-on écrivain ? Connaît-on la fin d’une fiction au moment où l’on commence à écrire ? Ai-je un autre travail à côté de l’écriture ? (Délicate question de la professionnalisation du métier d’écrivain, toujours d’actualité, toujours remise en question). Comment est-on publié ? etc. La documentaliste et le professeur de français m’avaient parlé de l’environnement, de la vie circonscrite des élèves en grande partie dans le périmètre autour du collège, loin du centre-ville, dans une zone d’HLM. Un accès à la culture limité. Et une attente de leur part sans doute d’autant plus forte qu’ils n’ont pas « l’habitude » des rencontres avec des auteurs. Il y eut moins de timidité que de curiosité réciproque. Qu’ont-ils lu dans l’année ? Ont-ils rencontré des difficultés pendant la lecture de Sang d’encre ou du Horla ? Tous n’avaient pas terminé Sang d’encre mais la question du tatouage et des traces laissées sur la peau a attiré leur attention. Pourquoi avais-je choisi ce thème ? Expliquer la fascination pour un acte ancestral dont le sens se perd dans l’époque contemporaine. Parler des clans dont les membres se reconnaissent par le tatouage, des esclaves romains ou grecs marqués au visage… Mais tout est passé si vite que soudain il a fallu partir prendre le train qui me ramenait à Paris.

J’ai proposé au professeur de français d’amener les adolescents à écrire autour d’une thématique du fantastique. L’idée était de partir d’une situation du quotidien et d’introduire un élément étrange, inexpliqué et d’entrer par une série de détails dans un univers fantastique.

Pour aider les collégiens, nous avons établi une série de scenarii, à eux d’en choisir un et de développer une histoire. L’une des propositions narratives était : « Lors d’un rangement dans le grenier de votre maison, vous découvrez une poupée (ou un autre objet) que vous ne connaissiez pas, vous la prenez avec vous et remarquez, quelques temps plus tard, que sa présence a une incidence sur votre environnement. », ou bien « Vous chinez dans une brocante et achetez un objet, une bague, un bijou ou autre, que vous vous mettez à porter et qui se révèle autre chose que ce que vous croyiez. » Puis « Vous faites l’acquisition d’un miroir et, les jours passant, vous constatez que votre image reflétée n’est pas totalement vous ». Les élèves ont lu les scenarii, réfléchi à celui qui pouvait les inspirer.

Pour la dernière séance avec eux, certains ont lu à haute voix leur texte.

J’avais une appréhension : et si aucun d’entre eux n’osait ? Et s’ils n’étaient pas arrivés à se lancer ? Des inquiétudes qui n’étaient que la projection de mes propres peurs devant l’écriture. Non seulement les élèves se sont levés pour lire en public mais certains avaient même écrit deux textes. Une jeune fille a inventé une histoire de poupée maléfique absolument étonnante, maîtrisant l’art de la progression (ce qui est sans doute le plus difficile à acquérir, car l’auteur en herbe a du mal à résister à la tentation de toute dire tout de suite et se hâte souvent de conclure, il oublie de tenir le lecteur en haleine). Un jeune homme a lu son récit avec des talents de comédien, poussant des exclamations, mimant les scènes et déclenchant des éclats de rire. Avec lui, nous sommes entrés dans une dimension du fantastique explosif, futuriste, quelque chose qui rappelle le cinéma. Tout le monde s’était prêté au jeu, même si tout le monde n’a pas pu lire à voix haute. Laurence Gourdé m’a confirmé que chaque élève s’était acquitté d’un texte de son invention et que l’ensemble des récits (après correction de l’orthographe et de la grammaire) figurerait dans un livret. Ce livret existe aujourd’hui, ce qui m’émeut.


S.H.

http://www.m-e-l.fr/

Atelier d’écriture, classe de Troisième du collège Albert Camus de Meaux

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Nancy 15/09/2014 10:03

Bonjour,
Beau témoignage que cette rencontre entre deux univers.
Accepteriez-vous de retenter l'aventure une nouvelle fois ?

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