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Stéphanie Hochet, le blog officiel

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Article de Blaise de Chabalier dans Le Figaro du 19/02/09

Publié par Stéphanie Hochet sur 29 Juin 2009, 15:41pm

Catégories : #Combat de l'amour et de la faim

À la marge du rêve américain «Combat de l'amour et de la faim» de Stéphanie Hochet relate l'itinéraire d'un enfant pas du tout gâté dans l'atmosphère oppressante du sud des États-Unis au début du XXe siècle. Pas facile, la vie de femme élevant seule son enfant dans le sud des États-Unis au début du siècle passé. Surtout si cette mère est sans le sou. À travers le personnage de Lula et de son fils, curieusement prénommé Marie, à la française pour faire chic, Stéphanie Hochet peint un tableau saisissant d'une société étouffante. Emportée par ses rêves de respectabilité et sa volonté d'accéder à la sécurité matérielle, Lula s'engouffre dans une existence riche en paradoxes. Après avoir multiplié les amants d'une nuit et essuyé une grosse déception avec un homme politique qui lui promettait le mariage avant qu'elle ne découvre qu'il était déjà père de famille, la jeune femme atteint son rêve en épousant un pasteur veuf… Pour le fils de Lula, l'enfer commence. Finie la vie instable mais libre, dans un face-à-face plein de complicité avec une maman adulée. Place à une existence oppressante, dans une maison cossue dirigée par un pasteur à la croyance religieuse rigide. Un homme qui, avec son fils, Tomberry, cristallise tous les travers du puritanisme américain. Le fils de Lula n'a plus qu'à prendre la fuite, après avoir été accusé à tort - le coupable est l'hypocrite Tomberry - d'avoir mis enceinte Heither, la fille du pasteur… Renié par sa mère, le jeune héros redevient vagabond. Cette fois-ci en solo. Le rêve américain, il va le reprendre à son compte. Il trouve une place improbable de journaliste dans une revue des­tinée aux agriculteurs… Son patron lui fait confiance, au point de lui offrir la main de sa fille. Le paradis ! Une prison à ciel ouvert Mais l'ennui ne tarde pas à gagner cet insatisfait chronique. Une fois de plus, il prend la fuite, avec de l'argent volé à son épouse. Il joue au poker, séduit une autre femme, la quitte en la délestant de ses dollars. Avant d'aller agresser un avocat défenseur de la cause des Noirs, puis de voler de l'argent à l'association de défense des gens de couleur (The National Association for the Advancement of Colored People, NAACP). Un destin sous forme de road-movie. Stéphanie Hochet décrit à merveille le vieux Sud d'antan, ­sorte de prison à ciel ouvert où la ségrégation raciale est l'une des facettes du dysfonctionnement du rêve américain. L'auteur montre comment les Blancs, en particulier les plus pauvres, encouragés par les lois de l'époque, basculent dans le racisme sans en avoir même conscience. Ainsi Lula ne veut pas s'approcher des Noirs. Elle affirme : « La couleur, c'est tout ce qu'on a. » Quant au jeune Marie, il n'a pas la moindre idée de l'injustice faite aux anciens esclaves. Ce qui devait arriver arrive. Marie, devenu presque trentenaire, est dénoncé par sa propre mère. Il finit derrière les barreaux. Une prison finalement bien plus confortable qu'une liberté très relative alors que la crise de 1929 éclate. Pari réussi pour Stéphanie Hochet, qui signe à trente-trois ans son sixième roman : elle s'est vertigineusement bien glissée dans la peau de son vagabond à la dérive, qui est également le narrateur. Un tour de force qui met le lecteur délicieusement mal à l'aise. Blaise de Chabalier

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