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Stéphanie Hochet, le blog officiel

Presse,présentation, analyse des romans, articles, interviews littéraires


Extraits d'interview pour La Dixième Muse, mai 09

Publié par Stéphanie Hochet sur 29 Juin 2009, 19:03pm

Catégories : #Combat de l'amour et de la faim

Vous venez de recevoir le Prix des Lilas pour votre dernier roman. Quels en sont les impacts, sur les plans professionnel et personnel ?
Sur le plan médiatique, j’ai eu beaucoup d’articles : le prix suscite un grand intérêt et apporte une meilleure visibilité. Pour moi, ce fut une très très grande joie ! Cela me fait d’autant plus plaisir que parmi les livres de la sélection, certains que j’avais lus m’avaient paru vraiment excellents (Mausolée de Rouja Lazarova ou encore Dans ma maison sous terre de Chloé Delaume). Ce fut pour moi une formidable surprise d’être dans la même sélection et, en plus, d’obtenir le prix !

Comment vous est venue l’idée de ce roman ?

Après Je ne connais pas ma force, dont l’histoire est assez noire et dure, j’ai attendu quelques mois pour écrire à nouveau. J’avais envie de me lancer dans une sorte d’aventure et d’aller là où je n’étais jamais allée. Je me suis dit : et si j’écrivais un western ? J’avais en tête des idées qui ressemblaient à des scénarii à la Mankiewicz. Je me suis donc mise à écrire avec cette envie de western, pour finalement atterrir dans les états du Sud des États-Unis. Cela s’est fait naturellement, parce que j’avais lu des écrivains comme Faulkner, Mark Twain et Flannery O'Connor qui m’avaient rendu ce territoire accessible, presque familier. J’avais envie de retrouver ces ambiances-là, ces atmosphères. Dans un état « d’immersion littéraire » dans le Sud, je n’ai pas non plus cherché à acquérir un savoir encyclopédique, même si j’ai dû faire des recherches en amont, en particulier sur les mouvements de défense des communautés noires. Je voulais me sentir chez moi. Je devais donc à la fois connaître le territoire et me sentir libre.
Ensuite, il y eut plusieurs stades d’écriture, et de réécriture. Si je savais, dès le début que Marie chercherait laquelle, parmi les trois femmes qui avaient partagé sa vie, l’accuserait, j’ai découvert d’autres choses au fil de l’écriture. Comme mon personnage, j’ai erré. Pour atteindre sa douleur et la rendre, je suis descendue au plus proche du corps. C’est ainsi que m’est venue l’idée de la souffrance physique qui altérait les pensées et les sentiments. Ce côté plus cru et plus physique, ces moments où il est en souffrance par rapport à son corps et qui expliquent l’évolution de son tempérament, je les ai découverts au fil de l’écriture et de la réécriture. Marie devient cynique à cause de son vécu. C’est sa faim qui le conduit à se comporter ainsi, sa faim d’amour mais aussi sa faim physique, son ventre. Et tout cela nous ramène à quelque chose de complètement primitif : le mélange de l’amour et de la faim physique, qu’on retrouve chez le nourrisson qui ne fait pas la distinction entre les deux, l’amour pour sa mère et la faim, qu’il assouvit dans l’aliment que lui donne sa mère. Le combat de l’amour et de la faim est venu à partir du moment où j’ai parlé de son corps et de sa grande détresse.

Pourquoi avoir choisi l’Amérique des années 1900-1930 ?

D’une part, l’essor des Etats-Unis, cette grande force, cette possibilité d’évoluer dans la société, me plaisait beaucoup. D’autre part, avant la 1ère guerre mondiale, qui commence à fissurer les mentalités, on peut encore imaginer qu’on est sur un territoire qui a conservé une sorte de pureté, malgré la guerre de sécession qui, elle, n’a pas changé les mentalités dans le Sud. C’est à la fois une balade géographique et une balade dans le temps : Marie parcourt le temps comme il parcourt un territoire, et ses rencontres sont un peu à l’image des gens qui ont marqué cette époque, à l’exemple de June, qui se bat pour la défense des droits des noirs.

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