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Stéphanie Hochet, le blog officiel

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Article de la romancière Pierrette Fleutiaux (Prix Femina 1990) sur "La distribution des lumières"

Publié par Stéphanie Hochet sur 16 Décembre 2010, 13:05pm

C’est peut-être le plus ambitieux des livres de S.H.. Avec

le plus ambitieux et complexe de ses personnages, cet Italien,

écoeuré de son pays, qui se réfugie dans une sorte d'atonie  en

France, et finit par se retrouver embringué dans une affaire de

meurtre, suspecté et arrêté,arrestation qui semble quasiment répondre à un désir

obscur de fuite totale.

Il y a de très belles pages sur l'Italie perdue, et cela donne une profondeur politique à l'histoire entre les personnages.

Pasquale porte cette profondeur, qui donne à ce fait divers de banlieue une toute autre dimension. Mais s'il intrigue du début à la fin, Pasquale n'est

pas  le personnage qui émeut le plus. Sa séparation d'avec son épouse et sa liaison avec Anna sont certes bien rationalisées, mais ne soulève pas d'émotion particulière, et ce n'est pas le but.

  De même pour Anna, la victime, qui est une figure moins travaillée (le nom est une trouvaille, Anne Lussing, avec son parfum durassien).

En revanche le couple d'enfants tueurs est très impressionnant.

D'abord il évoque des échos (l'idiot dans Des Souris et des Hommes, avec cette fascination pour les cheveux qui causera la mort de la jeune femme dans le roman de Steinbeck), de même que la situation (d'une fenêtre à l'autre)

évoque des situations hitchockiennes, je l'ai déjà dit.

C'est Jérôme le maboul qui est pour moi le plus fort.

Le rendu de la sensation brute, des perceptions instinctives mais futées (comme chez les animaux), est remarquable, d'autant plus qu'il n'est pas totalement idiot, et

S.H. arrive à se tenir sur cette crête étroite entre débilité,  compréhension, et une certaine astuce, en restant tout à fait crédible.

Ensuite c'est dans ce genre de relations primitives, violentes, irrationnelles que Stéphanie Hochet me semble au plus proche de ce qui fait la force de son oeuvre.

Celle de ce garçon retardé et de sa demi-sœur est puissante, le point nodal du récit.

De même, la fille, cette demi-soeur: on la voit comme si on était, avec son petit corps musclé, ses regards en dessous, et  sous la capuche, sa cervelle qui calcule sans cesse, dont on entend quasiment grincer les rouages.

Côté récit, comme toujours, S.H. sait trouver des raccourcis saisissants, des accélérations sans explication, des retournements inattendus.

Et à la fin, encore retournement, comme si on avait vécu

un mauvais rêve, qui déjà s'éloigne en tourbillonnant:

comme dansJe ne connais pas ma force.

    La distribution des lumières est dans la lignée des précédents livres de Stéphanie Hochet, avec cependant ce tournant : la présence d’un intellectuel, Pasquale, qui amène avec lui une réflexion sur l’histoire et la société, et infléchit ainsi le roman. Affaire à suivre !

 

 

Pierrette Fleutiaux.

 

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