Après Combat de l’amour et de la faim (Fayard, 2009) et La distribution des lumières (Flammarion, 2010),Stéphanie Hochet publie Les éphémérides, son huitième roman. Parenthèse apocalyptique éditée dans la nouvelle collection de littérature contemporaine de Rivages, Les éphémérides s’appuient sur un panel de comportements individuels pour décrire une fatalité universelle, la fin du monde : « le premier enjeu métaphysique qui ne serait pas un choix mais un enfer déposé sur terre que chacun devrait aménager à sa façon». Créativité débordante, amour dévorant, marginalité démente, les personnages de Stéphanie Hochet affrontent la date fatidique du 21 mars en partant en quête d’une esthétique de l’absolu. Sans demi-mesure.

LE SACRE DU PRINTEMPS

La fin du monde n’est pas un sujet neuf en littérature, et Stéphanie Hochet le sait. En conséquence, elle ne propose pas un récit de science-fiction à la Pierre Bordage ou une contre-utopie postmoderne à la Margaret Atwood, mais plutôt un ensemble de courts-métrages que l’on pourrait croire, de prime abord, indépendants, l’un se déroulant à Glasgow, l’autre à Londres, l’autre encore à Paris. Mais une même atmosphère les réunit, imposée non pas par le malaise collectif face à une catastrophe imminente mais bien par les perceptions égotiques qui en découlent : exacerbations émotionnelles, perversités inconscientes, explosions créatrices parcourent le scénario. 

stéphanie hochet les éphéméridesCaméra au poing, Stéphanie Hochet révèle, voire active des tempéraments. Ainsi nous emmène-t-elle entre autres dans une ferme, à Glasgow, aux côtés de Tara et Patty, couple homosexuel qui élève en toute clandestinité une nouvelle race de chiens particulièrement agressifs, les Dogs, sensés survivre à la fin du monde. Une quête de pureté dictatoriale dont elles sont particulièrement fières, sans doute perturbées par un désir inavoué de maternité. Stéphanie Hochet nous fait aussi pénétrer dans un club très privé où Tara exerce l’activité de travailleuse spécialisée, nous montrant à quel point la vulnérabilité humaine peut s’agréger à une sexualité sadienne : « Mon chouchou, c’est Bill qui est juge de profession. Quand il arrive au club, la seule justice qu’il recherche c’est celle que j’exerce ». Suivent ensuite des scènes dans l’atelier londonien de Simon Black, peintre inspiré par les œuvres de Francis Bacon et les accessoires d’Anthony Burgess dans Orange Mécanique. Black, condamné par un cancer, apparaît libéré par l’annonce de la fin du monde : « Si l’espérance de vie est la même pour tout le monde ici, je ne me sens plus concerné par cette maladie, il m’est permis de l’ignorer, une raison supérieure l’annihile  Rien de grave ne me concerne personnellement ». A Paris, c’est une mère trop-aimante qu’on croise, étouffante de maternité qui nomme Ludivine, sa fille, lenfant : « Dans mon esprit, l’enfant est lenfant, seule, unique, dépendante. Lenfant sera toujours lenfant sorti de mon ventre, venu de moi, chair de ma chair ». On découvre également Ecuador, amante de Simon Black qui brûle les derniers vestiges de sa fortune et qu’on aurait tout aussi bien pu croiser dans un roman de Françoise Sagan. Tous ces personnages cultivent leurs névroses comme autant de remparts face au déterminisme invisible qui les conduirait tous à leur perte : c'est dans le désespoir qu'on observe les plus grands sursauts de (sur)vie.

Déchéance apocalyptique ou renaissance métaphysique : Les éphémérides laissent le choix au lecteur d’interpréter le sens de ce sacre polymorphe du printemps. Stéphanie Hochet livre en tous cas un roman intertextuel, fourni en références littéraires, artistiques et cinématographiques qui donne à voir, s’il le fallait encore, tout son talent pour interpréter les malaises existentiels du XXIème siècle. 

Sébastien Lévrier.
Références

Stéphanie Hochet, Les éphémérides, éditions Rivages,mars 2012, 17€

 

Article à retrouver sur Le Globe-Lecteur :

http://www.leglobelecteur.fr/index.php?post%2F2012%2F04%2F28%2FSt%C3%A9phanie-Hochet-%E2%80%93-Les-%C3%A9ph%C3%A9m%C3%A9rides