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Stéphanie Hochet, le blog officiel

Presse,présentation, analyse des romans, articles, interviews littéraires


Extraits des romans-Visuels

  Ephémérides Extrait Les Éphémérides, Rivages 2012

     Je crois que nous devrions trinquer au monde nouveau. Je ne le trouve pas si laid que ça. Je lui trouve même beaucoup de charme. Quelques personnes semblent revivre, les jeunes gens n’ont plus leur côté sérieux, tellement typique du début du XXIème siècle, tellement « Si j’étudie bien à Oxford, j’aurai un boulot qui rendra fiers mes parents »... Ils sont enfin devenus des rebelles. Je me souviens d’une époque où les gosses tiraient des pétards au fond du jardin. Aujourd’hui, les pétards ont été remplacés par des armes à feu et correspondent davantage aux ambitions de l’adolescence. Ce climat de guerre peut révéler des tempéraments qui seraient restés endormis, bêtement consacrés à leur désir de grande carrière. La jeunesse stimulée nous réveille.

    L’autre nouveauté, c’est qu’à moins d’être un illuminé, un hyper croyant ou un débile profond, personne ne fêtera la nouvelle année. Comment passer le Réveillon dans ces circonstances, qui va fêter Noël ? J’étais fatigué de ces cérémonies depuis longtemps. Je me sens étonnamment détendu depuis que ces vœux, ces fausses résolutions ne sont plus obligatoires.

    Pour moi, l’Annonce a éveillé le désir de vivre, mon appétit pour les choses de l’amour n’a jamais été si fort. Je serre Ecuador dans mes bras, jouis de la faire jouir. Il y a autant de différence entre ce à quoi je m’adonne avec elle et ma précédente vie sexuelle qu’entre la prostitution et la chasteté. Dernièrement ce sont les douves qui ont accueilli nos gémissements et les ont renvoyés en écho.  Ce qui m’amuse, c’est qu’il aura fallu que j’atteigne ma quarante-sixième année pour  éprouver la jeunesse de mon corps.

 

 

 Extrait de La distribution des lumières, Flammarion 2010

 

 

Capture d’écran 2011-02-15 à 17.13.18Anna, parfum de mes phrases répétées pour moi seulement, ma plainte, mon Dieu, mon grincement de dents. La langue sur le palais entre deux ouvertures. Annalussing pour Jérôme.
 Anne en italien pour moi : Anna. Et le nom se regarde dans le miroir, An a vu Na et vice et versa, vertige de ce qui est noté. Si Anna montait dans une tour comme dans Vertigo et tombait, on reverrait des n et des a éclatés, dispersés par terre mais de quoi reformer Anna, comme Zola a formé Nana, en faisant crier les parieurs d’une course de cheval. Se redressant, le n passe par-dessus le a, il l’enjambe, comme le cavalier enjambe sa monture. (La jambe d’Anna est si belle que j’en fais le serment.) Lussing au collège, avec ou sans « Madame » devant. Anna dans mes bras, déshabillée du nom de famille. Nue, sans nom, comme une princesse de conte de fées.

 

 

 

Extrait de Combat de l’amour et de la faim, roman Fayard 2009.

Combat-de-l-amour-et-de-la-faim--roman-Fayard-2009.jpg Combat-image.jpgIl existe dans ce pays toutes sortes d’accusations qui donnent lieu à des avis de recherche. Les plus scandaleuses ne sont pas celles qu’on croit. On pourrait penser que le meurtre est le crime absolu. Rien n’est moins sûr. Un voleur de vaches sera livré aux autorités pour une meilleure rançon. Il est vrai qu’on ne plaisante pas avec le bétail.
On ne plaisante pas non plus avec l’honneur des femmes. J’en veux pour preuve la somme stupéfiante qu’on versera à celui qui arrêtera un coureur de dots. On met le prix des animaux d’élevage et la vertu qu’on prête aux femmes sur un plan d’égalité ; en comparaison, la vie humaine vaut peu de chose.
L’inculpation m’est tombée dessus ce matin.

Je ne connais pas ma force, roman Fayard 2007.

JCF1.jpgConnaissant mon goût pour la poésie, Victoire m’apporta des livres – recueils de poèmes, poèmes en prose dans le style d’Edgar Poe, des romans de Cocteau, toutes sortes de littératures destinées à l’évasion – que je parcourais d’un œil las. Elle avait gardé de moi l’image du faiseur de vers officiel de la famille Vogel, le brasseur de vent que la bouffonnerie n’effrayait pas. Elle m’admirait pour cette raison ; quant à Mathieu sitôt qu’il me voyait écrire autre chose que mes devoirs, il respectait une ligne de démarcation invisible et s’éloignait, la mine contractée. Mais les temps avaient changé ; s’il fallait étreindre l’absolu, je serais Siegfried dans la fureur de tuer. J’avais l’habitude de passer la nuit avec l’Enchanteur de Bayreuth, les écouteurs sur les oreilles, je me glissais dans des armures dorées qui auraient fait fantasmer Louis II de Bavière. Durant des années ma libido artistique devait rejoindre celle de ce roi incompris. Je m’offrirais un régal de rythmes, une ouverture wagnérienne pour moi seul, un prélude au singulier parce que chaque opéra de la Tétralogie débute par une promesse inquiétante, qu’on y soit encerclé par les tourbillons du Rhin ou happé par des prédictions célestes. Je ne me refuserais rien.

Les Infernales, Stock, 2005

Infernales-image.jpgCamille prit l’habitude d’être l’écrivain à la mode. Elle n’avait aucun recul sur ce qui lui arrivait. Elle se retournait sur le passage des photographes qui ne l’avaient « pas reconnue ». Elle était impayable. Elle n’avait pas son pareil pour organiser son succès ; chaque sortie de livre était l’occasion d’une petite sauterie chez l’éditeur. « Faire l’unanimité » était, selon elle, la moindre des choses. Elle consacrait ses dimanches après-midi à coller ses articles de presse dans des albums et les rangeait par année dans sa bibliothèque.

 Le Néant de Léon, Stock, 2003

L-on1.jpgAinsi le choix de Léon porté sur ces aquariums là. Ils ne méritaient pas le nom d’aquarium, c’étaient des bocaux en forme de losange, une conception abstraite qui créait des bulles pour rien, des bulles de couleur qui provenaient d’un liquide épais qui s’étirait de bas en haut et de haut en bas avec une paresse huileuse. Paul s’approcha d’un des objets et observa la substance jaune se dérouler dans l’eau comme un animal voluptueux. Il comprit quelque chose. Une chose obscure et belle. On rapporte que c’est lors d’une croisière sur le Nil que Flaubert eut l’idée de Madame de Bovary en fixant la couleur jaune qui évoquait le néant. Pour Paul, ce jaune avec sa densité moelleuse était aussi obsédant qu’un soleil de Moyen-Orient, il en était obnubilé. Il comprenait. Léon et son attrait du vide. Il percevait la séduction vertigineuse qu’il y avait à ne plus être.

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