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Stéphanie Hochet, le blog officiel

Presse,présentation, analyse des romans, articles, interviews littéraires


"Le crime de Lord Arthur Savile", Oscar Wilde.

    Qu’y a-t-il dans la paume de Lord Arthur Savile qui effraie tant Mr Podgers - nous parlons bien sûr du fameux Septimus R Podgers, chiromancien professionnel de West Moon Street qui reçoit de 10 à 4 et pratique des réductions pour les familles ?

    Un crime.

    Un seul. Mais un crime, absolument. Il est écrit que Lord Arthur Savile commettra un meurtre, et rien au monde ne pourrait changer une destinée, les Grecs le savaient déjà. Cassandre n’a jamais douté de ses prédictions. Mr Podgers non plus. Accueilli par la très mondaine Lady Windermere, une de ces héroïnes wildiennes irrésistibles dont il est dit qu’elle avait pour le plaisir une passion déréglée, et qu’elle avait découvert de bonne heure cette vérité importante que rien ne ressemble tant à l’innocence que l’indiscrétion… Mr Podgers fait ses preuves durant la soirée et révèle quelques détails privés, parfois embarrassants de la vie de certains invités. Lord Arthur Savile a été averti : un jour, il versera le sang, il ne pourra pas y couper. L’homme, prévoyant, prend les devants. Débarrassons-nous de ce meurtre une bonne fois pour toute, nous serons en règle avec le destin, il sera alors temps d’épouser la plus délicieuse jeune fille de Londres, la divine Sybil Merton. Tout le monde sait ça : remettre au lendemain ce qu’on peut faire le jour même n’est pas une bonne idée, on vit alors avec un poids là, près du cœur ou au fond de l’âme. Il ne reste qu’à trouver la victime. Lord Arthur Savile est un homme élégant, s’il considère sa cousine éloignée, Lady Clementia, comme une cible parfaite, ce n’est sûrement pas par aversion personnelle – accomplir son destin ne justifie pas qu’on cède à la vulgaire satisfaction d’une offense personnelle. Échec. Après avoir minutieusement préparé l’assassinat et avoir pensé y être parvenu (Lady Clementia décède), le pauvre Lord Arthur Savile apprend que sa cousine est en réalité morte de mort naturelle. La vie est parfois cruelle. Et on ne soigne ses abattements qu’en retournant au combat. Désigner une autre victime, inventer la meilleure façon de la supprimer, espérer y parvenir.

    Le bonheur des aristocrates ne leur est pas donné sans quelque effort. Le motif du crime aussi étrange soit-il serait plus acceptable que l’ennui qui règne dans certains salons de la vieille Angleterre dont les victimes sont les esthètes désabusés.

 

 

S.H.

 

 

 Le crime de Lord Arthur Savile,

 Folio 152 pages.

 

 

 

Le Magazine des livres, juillet août 2010

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