Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog

Stéphanie Hochet, le blog officiel

Presse,présentation, analyse des romans, articles, interviews littéraires


La distribution des lumières, Flammarion 2010

Revue Plume au vent. Mars 2011

 

L’impitoyable projecteur de Stéphanie Hochet éclaire à tour de rôle trois des quatre protagonistes d’un drame qui réunit progressivement des destins solitaires. Au cœur des convoitises croisées luit doucement la figure de la victime innocente, la musicienne sans voix qui n’est éclairée que par l’obscur désir des autres. Un intellectuel italien dégouté des turpitudes berlusconiennes quitte son pays et sa femme pour un exil inquiet à Lyon. Il y rencontre Anna qui y enseigne le chant dans un lycée de banlieue et qui obsède une de ses élèves, Aurèle. Cette dernière en vient à manipuler son demi-frère déficient mental, qu’elle chargera du poids de cet amour compulsif contrarié par l’existence de l’amant italien. Les voix de l’adolescente amorale, de l’idiot dont les sensations brutes sont splendidement rendues par l’auteure, et de Pasquale, le traducteur trop sensible, fragile, composent une fugue qui va crescendo, en un contrepoint parfaitement maîtrisé, et termine sa course sur un point d’orgue qui se situe au-delà du bien et du mal.

LHA 11005

C’est peut-être le plus ambitieux des livres de S.H.. Avec

le plus ambitieux et complexe de ses personnages, cet Italien,

écoeuré de son pays, qui se réfugie dans une sorte d'atonie  en

France, et finit par se retrouver embringué dans une affaire de

meurtre, suspecté et arrêté,arrestation qui semble quasiment répondre à un désir

obscur de fuite totale.

Il y a de très belles pages sur l'Italie perdue, et cela donne une profondeur politique à l'histoire entre les personnages.

Pasquale porte cette profondeur, qui donne à ce fait divers de banlieue une toute autre dimension. Mais s'il intrigue du début à la fin, Pasquale n'est

pas  le personnage qui émeut le plus. Sa séparation d'avec son épouse et sa liaison avec Anna sont certes bien rationalisées, mais ne soulève pas d'émotion particulière, et ce n'est pas le but.

  De même pour Anna, la victime, qui est une figure moins travaillée (le nom est une trouvaille, Anne Lussing, avec son parfum durassien).

En revanche le couple d'enfants tueurs est très impressionnant.

D'abord il évoque des échos (l'idiot dans Des Souris et des Hommes, avec cette fascination pour les cheveux qui causera la mort de la jeune femme dans le roman de Steinbeck), de même que la situation (d'une fenêtre à l'autre)

évoque des situations hitchockiennes, je l'ai déjà dit.

C'est Jérôme le maboul qui est pour moi le plus fort.

Le rendu de la sensation brute, des perceptions instinctives mais futées (comme chez les animaux), est remarquable, d'autant plus qu'il n'est pas totalement idiot, et

S.H. arrive à se tenir sur cette crête étroite entre débilité,  compréhension, et une certaine astuce, en restant tout à fait crédible.

Ensuite c'est dans ce genre de relations primitives, violentes, irrationnelles que Stéphanie Hochet me semble au plus proche de ce qui fait la force de son oeuvre.

Celle de ce garçon retardé et de sa demi-sœur est puissante, le point nodal du récit.

De même, la fille, cette demi-soeur: on la voit comme si on était, avec sonpetit corps musclé, ses regards en dessous, et  sous la capuche, sa cervelle qui calcule sans cesse, dont on entend quasiment grincer les rouages.

Côté récit, comme toujours, S.H. sait trouver des raccourcis saisissants, des accélérations sans explication, des retournements inattendus.

Et à la fin, encore retournement, comme si on avait vécu

un mauvais rêve, qui déjà s'éloigne en tourbillonnant:

comme dansJe ne connais pas ma force.

    La distribution des lumières est dans la lignée des précédents livres de Stéphanie Hochet, avec cependant ce tournant : la présence d’un intellectuel, Pasquale, qui amène avec lui une réflexion sur l’histoire et la société, et infléchit ainsi le roman. Affaire à suivre !

 

 

Pierrette Fleutiaux.

Vendredi 26 novembre 2010

 Plusieurs lieux et voix se mêlent, dans le nouveau roman de Stéphanie Hochet : lieux habités ou quittés, voix entendues ou fantasmées. Le tout compose un paysage romanesque aux frontières mouvantes. Offrant une première interprétation de son très beau titre, l’écrivaine met successivement en lumière ses quatre personnages ; trois des quatre plutôt, l’un d’eux, Anna, n’étant jamais éclairé qu’indirectement, par le regard ébloui des trois autres. La première apparition – très brève mais il y en aura d’autres –, est celle d’Aurèle, adolescente monstre telle que les affectionne Hochet. Elle ouvre le récit par une ode à Anna, ou plus exactement au nom d’Anna et dans ce déplacement, on sent aussitôt qu’Aurèle est de ces êtres qui dérobent, investissent réinventent l’objet de leur désir et, fatalement, le nient. L’annihilent. La menace est tapie dans ce début fiévreux, splendide. Pasquale est à son tour convoqué dans le cercle lumineux. Se déploie avec lui l’un des thèmes du roman : le rapport paradoxal, chargé de culpabilité qu’entretient cet Italien cultivé, délicat avec sa terre natale. Dans ses réflexions sur la façon dont Berlusconi, qu’il exècre, avilit le pays que Pasquale a préféré quitter, le langage occupe une place essentielle – celle, on le devine, que lui accorde l’écrivaine, ici fine observatrice des mœurs politiques contemporaines. On s’interroge aussi à travers lui sur l’opportunité de résister sur le lieu du crime quitte à en être souillé, ou de partir et s’interdire, du coup, toute autre intervention que l’observation et une critique comme diluée par la distance. Pasquale, qui n’a pas divorcé de son épouse italienne (pour rester arrimé, par ce lien officiel, à son pays et donc à son identité première ?) est épris d’Anna. Il est le deuxième personnage que Stéphanie Hochet place en gravitation autour de la jeune professeur de musique aux cheveux de soleil.Quand on entre dans la tête de Jérôme, le frère lent d’Aurèle, on en a appris un peu plus sur l’adolescente. On sait qu’Anna est son professeur. Qu’elle en est amoureuse ou, en tout cas, obsédée et l’on pressent que cette obsession va constituer un danger pour Anna comme pour Pasquale. Or dès les premiers mots de Jérôme, on comprend que lui aussi est au bord d’un péril. Le jeune homme, grossier par innocence (en opposition à un Berlusconi grossier par inculture et par choix) est devenu avec les années une sorte de prolongement de sa sœur. A l’heure de la distribution, il n’a pas reçu les lumières de l’esprit. Il est en quelque sorte indéfini et Aurèle peut donc déverser en lui à sa guise tout ce qui, chez elle, menace de déborder. Ainsi, elle lui insuffle le désir qu’elle a de toucher Anna, de la posséder, de lui faire mal, aussi, puisqu’elle s’est donnée à un autre. Jusqu’au jour où Aurèle, volontairement ou pas, sème une graine de drame en évoquant la possibilité d’un crime. Car Jérôme est poreux. Son imagination sans cesse irriguée par Aurèle le ballotte entre hommes et femmes, entre victimes et proies, l’emporte dans des voyages intérieurs hallucinés, le corps lourd d’effroi et de plaisir. Aurèle sait-elle ce qu’elle manipule, elle qui n’a pas été « éclairée » par des parents trop occupés d’eux-mêmes ? Enfant condamnée à l’invisibilité, elle a tôt fait d’en découvrir le pouvoir : celui d’agir sans que rien du réel, en apparence, ne soit changé, le seul objectif étant une satisfaction personnelle et immédiate. Très rapidement périssable. C’est donc le pouvoir d’être follement libre. Douloureusement aussi. Comment se construire quand on est si peu ou si mal gouverné ? Comment tisser un lien social responsable quand on n’a pas appris à attendre des autres ni à donner ? Dans un tel vide, seule la souffrance vécue ou infligée fait vibrer. Ancre au monde, aussi violent soit-il.Avec ce roman subtil à l’écriture toujours aussi tendue, Stéphanie Hochet tente une fois encore d’éclairer le mal dans son effroyable banalité. Elle y parvient sans fanfare, sans jamais hausser le ton, grâce à une impeccable distribution des lumières.

 

 

 

Carole Zalberg est écrivain.

Ouest France. Karin Soulard.Mercredi 17 novembre 2010

   La distribution des lumières :

 

Aurèle est une adolescente torturée. Jérôme, son jeune frère attardé mental, fait tout ce qu'elle lui demande. Tous deux partagent le même amour pour Anna, leur prof de musique. Pasquale, l'amant de la jeune femme, perçoit le danger mais il ne fait rien. Dans sa vie, son seul acte de courage a été de fuir l'Italie de Berlusconi. Pour ce septième roman, Stéphanie Hochet a donné la parole à deux jeunes et un homme à bout de souffle. Leurs trois souffrances s'entremêlent brutalement. Plusieurs formes de violence et la perte de l'innocence y sont ici décrites. Un récit sombre et haletant.

 

Karin Soulard

 

Article sur "La distribution de Lumières" dans le Elle du 18 septembre

Chez Stéphanie Hochet, on fait un pas de plus du côté sombre de l'adolescence. On pénètre dans un roman à la noirceur élégante, par le biais de narrateurs successifs. Un traducteur italien exilé à Lyon vit une histoire d'amour avec la belle Anna, professeur de musique. C'est d'abord à travers son regard que nous entrons dans un univers où, bientôt apparaîtra une adolescente singulière. Aurèle, une élève fascinée par Anna, s'incruste dans la relation des adultes, y mêlant son jeune frère, un garçon asocial et inquiétant... Peu à peu Aurèle devient maîtresse d'un jeu dangereux. La Distribution des Lumières éclaire d'un jour blafard les passions amoureuses, y diffusant des éclats menaçants. Et c'est là que brille le talent de la romancière. Car plutôt que de décrire un drame sordide, elle nous livre un conte à l'atmosphère dense où chaque personnage se consume à petit feu. 

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents